Pourquoi les antibiotiques sont-ils de moins en moins efficaces ?

Les antibiotiques, nous avons tous été amené à en prendre au moins une fois dans notre vie. Nous pensons tous connaître plus ou moins ces petites pilules que l’on nous prescrit contre certaines maladies ou en cas d’infection. Les médecins les prescrivent souvent via ordonnance, puis il nous suffit ensuite de nous rendre à la pharmacie du quartier, d’en prendre un à chaque repas pendant une semaine, ou autres indications selon la posologie dudit médicament. La plupart du temps nous nous sentons beaucoup mieux quelques jours plus tard, et nous remercions alors les petites pilules et notre médecin. Certes, la télévision et la radio nous ont martelé que « les antibiotiques c’est pas automatiques » alors nous nous posons parfois des questions, mais cela semble si bien fonctionner… Pourtant, certains spécialistes s’inquiètent de la perte d’efficacité des antibiotiques. Parmi eux, Jean-Jacques Perrut, biologiste et pharmacologue diplômé de l’université de Lyon, s’interroge sur ce phénomène. Dans l’un de ses nombreux écrits, l’écrivain scientifique déclare  » Si rien n’est fait, nous arriverons dans une ère post-antibiotique semblable à l’époque pré-antibiotique, une petite blessure, une banale infection, une chaude-pisse pourront redevenir mortelles. Ce sont des mesures qui doivent être prises à tous les niveaux de la société pour réduire ces impacts. » L’idée a de quoi effrayer, et de quoi laisser perplexe. Comment une telle régression est-elle possible ? Pour mieux comprendre ce phénomène, il est d’abord indispensable de bien comprendre d’où viennent les antibiotiques et quel est leur fonctionnement.

 

Un antibiotique qu’est ce que c’est ?

Le nom antibiotique vient du grec anti  » contre » et bios « la vie » : c’est une substance naturelle ou synthétique qui détruit ou qui bloque la croissance des bactéries. En effet, bien que cela puisse paraître étonnant, un grand nombre d’antibiotiques sont en fait constitués de molécules naturelles, fabriquées par des micro-organismes comme des champignons ou d’autres bactéries. Toutefois de nos jours, les antibiotiques de synthèse sont beaucoup plus utilisés. Il y a plusieurs raisons à cela, elles peuvent être médicales comme les effets indésirables sur le patient, mais aussi pour lutter contre les problèmes de résistance dont il est question ici. Ces molécules, qu’elles soient naturelles ou synthétiques, vont agir de façon spécifique sur les bactéries en bloquant une étape clé de leur développement. Pour se faire les antibiotiques vont se fixer sur leur cible : une des molécules de la bactérie qui participe à son processus de développement. Ceci fait, la bactérie finit par mourir, ou bien sa prolifération est stoppée, empêchant par là même le développement de l’infection.

Qui a inventé les antibiotiques ?

Personne n’a vraiment inventé les antibiotiques : les moisissures dont sont issus les champignons qui produisent certaines de ces molécules ont été utilisés pendant longtemps comme moyen de prévenir des infections par exemple. De plus il est toujours difficile d’attribuer un « auteur » à une découverte scientifique (Jean-Jacques Perrut développe d’ailleurs ce phénomène dans son ouvrage « Faut-il déboulonner Pasteur »). Ernest Duschene, un médecin français aurait notamment découvert les effets des moisissures pour neutraliser la prolifération des bactéries, mais sa découverte restera inappliquée. On attribue toutefois la découverte de la pénicilline à Sir Alexander Fleming. Ce médecin, biologiste et pharmacologue britannique a découvert les effets de la pénicilline par accident. Cet homme reconnu pour ses nombreux travaux, notamment sur les infections, était en effet un chercheur aussi talentueux que désordonnée, et son laboratoire était connu pour être un véritable bazar. Lors d’un départ pour les grandes vacances  alors qu’il étudie des cultures de staphylocoques, Fleming oublie de ranger les boîtes de cultures où les bactéries évoluent. À son retour le 3 septembre 1928, les boîtes ont moisi et Flemming aperçoit, à sa grande surprise, un champignon autour duquel les bactéries n’ont pas proliféré. Il identifie alors le champignon, ainsi que la molécule ayant produit cet effet, et la baptise pénicilline. Il publie à la suite de cette découverte un article dans le British Journal of Experimental Pathology qui attire peu l’attention, et en continuant ses recherches, s’aperçoit de la difficulté à cultiver le penicillium (le champignon d’où est extrait la molécule), et en cas de réussite, la difficulté d’extraction. Il est également sceptique quant aux possibilités d’utilisation de son produit, du fait de sa lenteur. Celui-ci était jusqu’alors utilisé à la façon d’un antiseptique. Toutefois ses travaux intéressent peu l’industrie pharmaceutique, qui préfère se concentrer sur la production de sulfamides. Mais le début de la seconde guerre mondiale changera la donne, et verra l’utilisation de la découverte de Flemming prendre toute son ampleur. Les antibiotiques ont été depuis complètement généralisés, et représentent l’un des plus grands progrès thérapeutiques du XXème siècle.

Pourquoi les antibiotiques perdent en efficacité ?

La perte d’efficacité des antibiotiques vient d’une utilisation abusive de ces substances. En effet, notre consommation de ces remèdes au cours de ces dernières années a explosé. Lorsque l’on parle d’antibiotique, on pense souvent aux soins que l’on reçoit de la part du médecin, mais il faut aussi prendre en compte les nombreux remèdes distribués aux animaux d’élevages afin de leur éviter toutes sortes de maladies et d’infections, et que nous ingérons par la suite en consommant de la viande. Mais la médecine a également fait preuve de trop de laxisme vis-à-vis de cette substance, et les antibiotiques ont été prescrits à des fin préventives et de façon désorganisée. Ce sont ces différentes tares que pointe notamment le biologiste Jean-Jacques Perrut. Celui-ci déclare par exemple que : « Si les mécanismes intimes de la résistance sont complexes, on peut en revanche expliquer facilement le développement des résistances. L’usage abusif et excessif des antibiotiques, tant en médecine humaine qu’en santé animale, de mauvaises pratiques en prévention comme en traitement des infections accélèrent le phénomène de résistance.[…]. Malgré certaines campagnes, telle « les antibiotiques c’est pas automatique » l’utilisation anarchique à mauvais escient d’une invraisemblable quantité de médicaments antibiotiques ne peut qu’accroître la résistance ». Cette perte d’efficacité est donc due à une surconsommation d’antibiotique généralisée, et ce malgré la mise en place de nombreux dispositifs pour en freiner l’utilisation et se prémunir contre ce phénomène de résistance. Le problème vient du fait que les bactéries, par nature, s’adaptent afin de résister aux traitements. Au fur et à mesure des traitements et du temps, celles-ci ont donc muté afin de mieux résister aux menaces. Cette résistance peut également venir de l’acquisition d’un gène, que les bactéries ont la faculté de pouvoir se transmettre. Qui plus est, lorsque nous consommons des antibiotiques, ces gènes de résistance se développent aussi chez les bactéries naturelles de notre corps, qui risquent, par la suite de transmettre ces gènes à des bactéries nocives. La consommation d’antibiotiques semble donc être une sorte de cercle vicieux. Les bactéries résistantes et les gènes de résistance pouvant également se transmettre entre l’homme et l’animal, c’est un phénomène global inquiétant auquel l’homme et la médecine doivent faire face.

Quel sont les conséquences de cette crise annoncée ?

Malheureusement, les conséquences sont assez lourdes. Les bactéries acquièrent peu à peu une résistance totale à certains antibiotiques, qui jusqu’ici, permettaient de les neutraliser. Pire encore, certaines s’immunisent contre plusieurs antibiotiques, voire contre tous ceux connues jusqu’ici. C’est un danger que pointe également le pharmacologue Jean-Jacques Perrut : « Certaines souches sont devenu multi-résistantes, résistantes à plusieurs antibiotiques. D’autres sont devenues toto-résistantes, résistantes à tous les antibiotiques disponibles ; il n’est alors plus possible de traiter l’infection. ». Selon l’institut Pasteur, le développement de ce phénomène fait état d’un bilan de 25 000 décès par an en Europe. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) considère actuellement le problème comme une urgence.

Que faire pour endiguer cette crise ?

Les scientifiques des secteurs publics et privés se mobilise autours de ces questions, et se concentrent sur plusieurs solutions :

  • Une meilleure compréhension du phénomène afin de limiter voir d’inverser le phénomène de résistance
  • La recherche d’antibiotiques efficaces même sur les bactéries les plus résistantes
  • Le développement de méthodes de soins alternatives, comme la phagothérapie : une alternative supprimant les bactéries à l’aide de virus appelés phages

À l’échelle individuelle, il nous appartient de nous renseigner sur ce phénomène afin de mieux le comprendre et l’appréhender. Il est aussi nécessaire de limiter et de contrôler sa consommation d’antibiotiques et d’en éviter un usage excessif. Vous pouvez parler de ce problème à votre médecin. La prévention est également primordiale. Celle-ci doit passer par l’hygiène, afin d’éviter les infections, et donc les traitements antibiotiques. Mais la vaccination revêt également une importance particulière : elle permet de se prémunir de maladie et donc d’éviter un traitement susceptible d’augmenter votre réservoir de résistance. Se vacciner, c’est donc un bon moyen de couper l’herbe sous le pied à tout traitement antibiotique.

Si Jean-Jacques Perrut, et d’autres scientifiques et médecins du monde entier tirent la sonnette d’alarme aujourd’hui, c’est qu’il faut s’inquiéter, sans toutefois paniquer.  Une bonne compréhension du phénomène est déjà une bonne chose, et vous permettra de prendre toute l’ampleur du phénomène et d’adopter les bonnes habitudes de consommation. Des solutions semblent également se dégager, et il est nécessaire de soutenir la médecine dans ses recherches. Au niveau individuel, chacun doit, dans la mesure du possible, faire ce qui est en son pouvoir pour réduire au maximum ce risque d’augmentation des résistances.

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