LA RAGE DE PIERRE-VICTOR GALTIER

Jean-Jacques Perrut nous parle volontiers de Pierre-Victor Galtier dont il a retracé les mérites dans un de ses ouvrages « Faut-il déboulonner la statue de Pasteur? »

Cet homme, inconnu, mérite une réhabilitation.

 

Pierre-Victor Galtier est né le 15 octobre 1846 en Lozère, près de Langogne, où ses parents faisaient valoir une petite propriété agricole. Tout jeune, comme tous les enfants de paysans, il est confrontée à la rude vie de cette époque, rythmée par les travaux de culture et d’élevage. Quittant deux fois l’école tenue par les religieuses, il sera confié à) sa grand-mère et fera ses études au collège de Langogne puis au lycée de Mende et sera reçu bachelier mention très bien à la Chapelle -Saint-Mesmin que dirige alors Monseigneur Dupanloup. Il prépare sa licence tout en étant maître d’études au collège de Marvejols et obtient la bourse créée par le département de Lozère pour permettre à un étudiant peu fortuné de devenir vétérinaire. Reçu premier au concours d’entrée à l’école vétérinaire de Lyon, il demeurera premier tout au long de ses quatre années d’études.

En 1873, il collaborera avec un vétérinaire d’Arles, Monsieur Delorme, dont il épousera la fille .  En 1876, il est nommé sur concours chef de clinique d’anatomopathologie et de police sanitaire à l’école vétérinaire de Lyon, puis, toujours sur concours, il obtient en 1878 la chaire des maladies contagieuses où il effectuera pendant trente ans une remarquable carrière, auteur de travaux prestigieux.

Dès 1879, il travaille sur deux sujets majeurs : la morve et la rage. C’est ainsi que le 28 août 1879, « un petit professeur lyonnais » présente à Paris à l’académie des sciences une communication : « Etude sur la rage, rage du lapin » dont Henri Bouley, président de l’académie des sciences et professeur à l’école vétérinaire d ‘Alfort parle avec éloge et enthousiasme à son ami Louis Pasteur, absent de l’Académie ce jour là.

 

Pasteur apprendra beaucoup sur la rage en lisant la communication de Galtier. Il viendra en 1880 à Lyon rendre visite à Chauveau , directeur de l’école vétérinaire pour en apprendre plus sur les travaux de Galtier et s’intéressera alors à la rage…

 

Le hasard fera que, le 25 janvier 1881, seront présentées à l’académie des sciences , la seconde communication de Galtier sur ce sujet : « Première démonstration de l’immunité rabique et de la toxicité de la matière nerveuse » ainsi que la première de Pasteur, en partie erronée puisqu’il affirme avoir découvert l’agent de la rage… Le virus de la rage ne sera observé qu’en 1963 grâce au microscope électronique, il n’avait observé qu’un banal pneumocoque !… Galtier confirmera ses travaux dans une troisième communication du 1er août 1881 sur l’immunité rabique et la transmission de la maladie par l’ingestion de la matière rabique. Il présente la même année un résultat de vaccination de 10 moutons tout à fait concluant. Le vétérinaire Bouley, président de l’Académie ne manque pas d’éloges : « Dix résultats positifs produits avec constance, c’est quelque chose qui donne le droit d’espérer. Quel magnifique résultat dont la science et l’hygiène publique seraient redevables au jeune professeur vétérinaire de Lyon si le chien pouvait être préservé de sa terrible maladie par une inoculation vraiment efficace ».

 

Sachant que Pasteur travaille sur le même sujet, Galtier s’inquiète; c’est à juste raison, deux communications de Pasteur le 31 mars 1881 et le 12 décembre 1882 sapent le travail de Galtier.  Selon une méthode qui lui est coutumière – il l’a déja utilisé contre Béchamp ou Vergnette de la Motte -, le grand Pasteur relève un détail, une imprécision ou une inexactitude et la monte en épingle, jetant le discrédit sur l’ensemble de l’oeuvre du chercheur . Le détail reproché est de ne pas avoir précisé que, outre la salive, la substance cérébrale contient aussi l’agent pathogène… précise Jean-Jacques Perrut. Galtier le savait bien  et le vétérinaire Arloing témoigne que dès 1880, Galtier avait proposé d’utiliser le bulbe rachidien d’un chien enragé ! Quoi qu’il en soit : « nos expériences ont été plus heureuses » affirmera le grand homme.

 

Le jeune professeur lyonnais, isolé, ne s’en remettra pas face à la sommité parisienne qui reprend à son propre compte les travaux du vétérinaire Galtier. Ce dernier voudra revendiquer la priorité de ses découvertes, mais personne ne l’entendra, pas même son confrère Bouley qui ne voudra pas déplaire à son ami, l’influent Louis Pasteur. D’autres avaient déjà échoué dans la revendication de leurs travaux. Personne ne pouvait s’opposer au grand savant qui, par des artifices, anéantit l’oeuvre de Pierre-Victor Galtier.

Ses travaux ont pourtant été essentiels à l’avancée de la science . Spolié dans ses découvertes, dédaigné par un homme au faîte de la gloire, harcelé par les aléas de la vie ( il perdit son épouse et quatre de ses sept enfants), il fut découragé.

 

En 1886, Galtier publie à Lyon : « La rage envisagée chez les animaux et chez l’homme au point de vue de ses caractères et de sa prophylaxie ». Il lui vaudra le prix Barbier de l’Académie de Médecine le 13 décembre 1887 et, le 26 décembre de la même année, le prix Bréant de l’Académie des Sciences sur la proposition du Professeur Bouchard qui revendique pour Monsieur Galtier la première démonstration de l’immunité rabique. Galtier présentera à l’Académie des Sciences le 30 janvier 1888, ses travaux sur la persistnce rabique dans les cadavres enfouis. Le 16 avril, une note sera présenté par Monsieur Chauveau au sujet de nouvelles expériences sur l’inoculation antirabique en vue de préserver les animaux herbivores de la rage provoquée par les morsures de chiens enragés; et, le 12 novembre ses travaux démontrant l’efficacité des injections intraveineuses de virus rabique en vue de préserver de la rage les animaux mordus par des chiens enragés.

 

En 1904, Pierre-Victor Galtier écrit : « J’avais étudié le premier, dès b1879, 1880, 1881, les effets de l’injection intra-veineuse de virus rabique, j’avais le premier démontré de la façon la plus péremptoire son inocuité chez les animaux herbivores et son action immunisante. J’avais établi le premier, avant qu’il fut question de la vaccination par le procédé Pasteur ou autre, que l’immunité contre la rage mortelle pouvait être conférée à certains animaux par un procédé particulier d’inoculation; dès 1881j’avais démontré que les injections du virus dans les veines du mouton et de la chèvre ne font pas apparaître la rage et confèrent l’immunité ».

 

En 1908, il fut proposé pour recevoir le prix Nobel de médecine, qu’il aurait reçu s’il n’était pas décédé entre-temps en avril. Ce sont Ehrlich et Metchnikov qui l’obtiendront.

Les scientifiques de renom reconnaissent son oeuvre.

  • Le Professeur Lépine : « On oublie trop souvent que c’est Galtier qui a, par ses travaux, ouvert la voie magnifique qui conduisait à l’un des plus grands triomphes de la science médicale ».
  • Théodoridès : « Le grand méconnu, le grand oublié de l’histoire de la rage… sans ses importantes recherches, on ne sait si Pasteur net ses collaborateurs seraient arrivés aussi vite… »
  • Goret : « Force est de constater que Pasteur ne fit rien pour rendre à Galtier, au novateur, au précurseur, à l’homme à qui, en définitive, Pasteur et ses collaborateurs  devaient leur découverte, ce qui lui revenait. Il apparait même que tout a été mis en oeuvre pour minimiser la portée des données expérimentales du grand lyonnais… »
  • Patrice Debré : « Il convient de préciser que la part de Galtier dans le succès ( de Pasteur) n’a sans doute jamais été suffisamment souligné ».
  • Rosset : «  Si Pasteur a gagné, il le doit aussi à un précurseur qui lui a tracé le chemin: Pierre-Victor Galtier.
  • Vallery-Radot : « Il convient de reconnaitre que l’antériorité des premiers travaux sérieux sur la rage revient à Galtier qui, dans cette voie, a précédé Pasteur de vingt mois. »
  • J.Nicolle : « Pasteur avait (grâce à Galtier) une solide base de départ qui lui permettait de poser le problème qui ne pouvait être résolu qu’en améliorant la technique de Galtier ».
  • L.L.Lambrichs, parlant de Pasteur : « Son travail reprend très directement celui de Galtier qu’il ne cite pas.

 

Robin, s’adressant virtuellement à Pasteur à propos de Galtier dira : « Vous êtes aux antipodes. Votre ambition n’a d’égale que sa modestie et sa chaleur bienveillante n’a d’égale que votre distante froidure ».

 

Personne ne connait Pierre-Victor Galtier, vite oublié, rarement cité par les biographes de Pasteur qui a tout fait pour minimiser son rôle. C’est la coutume de Louis Pasteur d’arriver sur un terrain soi disant vierge, mais en fait déja bien défriché par d’autres. L’avancée des travaux de Pasteur sur la rage se fit grâce aux travaux de Roux. Quand il découvrit au laboratoire ce qu’on lui rapporta comme étant la « méthode de Monsieur Roux », il s’emporta: « il n’ y a pas de méthode de Monsieur Roux, il n’y a qu’une méthode, celle de Monsieur Pasteur » et la méthode de Monsieur Roux devint l’idée de monsieur Pasteur … Les travaux de Roux furent essentiels mais il travaillait « pour » Pasteur et payé par lui.

En reprenant les termes de Robin, on peut ainsi schématiser le vaccin contre la rage:

  • l’étude expérimentale de la rage du lapin, c’est Galtier
  • le premier passage en série sur le lapin, c’est Galtier
  • la première immunité rabique, c’est Galtier
  • l’inoculation du virus par trépanation, c’est Roux
  • la technique de trépanation, c’est Nocard
  • les moelles suspendues en dessication dans le bocal, c’est Roux

Mais c’est Pasteur qui eut le courage d’imposer une technique en risquant sa carrière.

Pour Jean-Jacques Perrut La reconnaissance que l’on doit et que l’on porte au grand homme national ne justifie pas que l’on oublie le plus modeste professeur vétérinaire.

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